Ferrari F40:

Le Rêve Rouge de Marc Nice, le 22 juillet 1991 – 6h48.

Marc Ferrero referme la porte vitrée de sa villa accrochée aux hauteurs de Cimiez. Le soleil s’élève lentement derrière la mer, jetant ses reflets d’or sur les tuiles du vieux quartier. Dans ses oreilles, le dernier album d’Eric Clapton, encore sur cassette. Il ajuste ses Ray-Ban, descend les trois marches du perron, le cœur battant un peu plus fort que d’habitude. Ce matin, il a une raison particulière de sortir si tôt. Sous le cyprès centenaire, elle l’attend.Sa Ferrari F40.Ou, comme la surnomme son meilleur ami photographe : “la Bombe de Maranello.” Carrosserie rouge incandescente, prise d’air béante, aileron planté comme un drapeau sur la poupe.Elle ne ressemble à rien d’autre.Elle brûle le regard. Marc s’installe dans le baquet. L’odeur de cuir neuf et de fibre de verre l’enveloppe. Il tourne la clé. Un grognement sec, métallique. Puis un grondement rauque, primitif.Le V8 biturbo de 2.9 litres s’éveille.Pas de filtre, pas d’électronique.Juste le bruit de la mécanique nue, à l’italienne.


Une bête née d’un vieil homme en colère La F40, c’est plus qu’une supercar.C’est une déclaration de guerre.Le dernier modèle signé de la main d’Enzo Ferrari, présenté en 1987 pour les 40 ans de la marque.Une réponse à la Porsche 959.Un rappel au monde entier que Ferrari ne construirait jamais des voitures sages. 478 chevaux. Moins de 1 200 kg.Pas d’ABS. Pas d’aide.Une coque en Kevlar, carbone et aluminium, un cockpit dépouillé jusqu’à l’os.Pas de moquette. Pas de poignée de porte.Rien. Juste l’essentiel pour aller vite. Et ça, Marc le ressent à chaque virage.Chaque accélération le plaque au siège comme un coup de tonnerre.Chaque rétrogradage est une rafale sèche dans le tunnel de la moyenne corniche.


Une voiture de fantasme À midi, Marc gare la F40 devant le port de Villefranche-sur-Mer. Il s’installe à la terrasse de son bistrot préféré.Un serveur s’approche : — “C’est la vraie ? Une F40 ? Comme dans Turbo ?” Marc sourit. Il hoche la tête.Il a vu les reportages, les photos dans Sport Auto, les posters dans les chambres d’ados.Mais pour lui, la F40 n’est pas un mythe.C’est une réalité brute, violente, magnifique. Une Ferrari qu’on ne possède pas.Qu’on mérite.


Un monstre exigeant Marc le sait : conduire une F40, ce n’est pas simple.C’est un corps à corps. Son mécano, Lorenzo, l’a prévenu depuis le début : Toujours surveiller les turbos. Trop de pression, et c’est l’explosion. Ne jamais oublier que les pneus ne préviennent pas. Freiner tôt, très tôt. Car même si elle va vite, elle ne pardonne rien. Et ne pas rêver de confort : ce n’est pas une GT. C’est un couteau.


Une légende, une valeur En 2025, Marc apprendra que certains exemplaires dépassent les 2 millions d’euros.Mais il s’en moquera. Il ne vendra jamais. Elle dort dans son garage comme un lion au repos, et parfois, il l’entend respirer. Elle lui appartient autant qu’il lui appartient.


Retour au présent Il est 20h14. Marc gare la F40 sous les oliviers, les freins encore chauds, le moteur claquant doucement.Un jeune garçon passe sur son vélo, s’arrête net, les yeux écarquillés. — “Monsieur ? C’est une Ferrari ? Elle est vraie ?” Marc éclate de rire. Il sort du cockpit, caresse l’aile arrière du plat de la main. — “Elle est très vraie. Et crois-moi, elle mord encore.” Il la regarde une dernière fois avant de rentrer.Oui, elle est à lui.Et chaque fois qu’il monte à son bord c’est un duel avec la légende,un privilège dangereux,un rêve italien hurlé à 8 000 tours.

Crédits photos : Kajetan Daroch ; Josh Berquist ; Richard Fullbrook sur https://unsplash.com